Pourquoi utilise-t-on le mot « civette » ?

Une civette semble être un mot précis issu du jargon du parfait petit amateur de puros. Non seulement il désigne communément un débitant de tabac, mais il désigne plus précisément les établissements qui proposent des cigares à la vente.

Comment en sommes-nous arrivés là ? En creusant un peu, nous sommes arrivés à comprendre pourquoi nos civettes s’appellent ainsi. Nous avons surtout découvert de riches histoires autour de ce mot.

 

Un café animal 

La civette de Madagascar

La civette désigne, selon Wikipédia, une des nombreuses espèces de petits mammifères, les viverridés.

Autrement dit, il s’agit selon la région, d’un petit animal à la forme féline, à l’instar de la civette palmiste, la civette africaine, la civette loutre ou la civette de Madagascar.

Bien que sa fourrure soit magnifique, cet animal inoffensif est surtout connu pour « produire » un des meilleurs cafés au monde. En effet, la civette palmiste commune (Luwak) adore les cerises du caféier mais n’arrive pas à digérer les graines. Le processus de digestion de l’animal modifie ainsi légèrement les arômes des grains de café.

Graines de café issues des excréments de civette

Ses excrément sont donc composés des graines de café entières (les mêmes que vous  achetez dans le commerce) prêtes à être moulues.

Vous vous demandez donc comment l’Homme en est arrivé à exploiter une telle matière. Il faut remonter au 18ème siècle, quand les Néerlandais créèrent dans leurs colonies de Java et Sumatra des plantations de café. Ils interdirent aux fermiers indigènes de le cueillir pour leur usage. Désireux de goûter néanmoins le fameux « arabica », les locaux découvrirent que la civette rejetait les graines dans leurs excréments. Ils consommèrent celles-ci nettoyées, grillées et moulues. Ce café se nomme le Kopi Luwak et est sans doute le plus cher au monde (240€ le kg sur moncafé.com).  Avis aux amateurs !

 

Le 16 mai du calendrier républicain

La civette désigne également le 16 mai dans le calendrier républicain (utilisé de 1792 à 1806).

En plein moi de « Floréal », le jour de « civette » ne correspond pas au jour où il est nécessaire de planter le tabac ou bien d’aller acheter des cigares. La civette correspond ici à la ciboulette, la fameuse plante aromatique.

Il faut donc en déduire que la « civette » fleurit chaque année aux alentours du 16 mai. Mais quel rapport avec nos débitants de tabac ?

 

De la civette à la parfumerie

Si jusqu’à maintenant il était impossible de faire le lien entre votre civette à cigares et sa définition, nous allons maintenant nous rapprocher du but.

La civette et son viverréum (pâte odorante)

Dans la famille des civettes, concentrons nous maintenant sur la branche africaine de notre animal préféré. Cette dernière était capturée en Ethiopie, élevée et subissait de douloureuses extractions d’une matière également appelée civette.

Cette matière extrêmement odorante située dans une poche péri-anale lui permet de marquer son territoire. Evidemment, à l’état pur, l’odeur de la civette est fortement fécale et peu appréciable. Au contact d’autres fragrances, elle exhauste et fixe les odeurs ce qui en faisait un outil intéressant pour les parfumeurs. Seule, et après dilution, la civette est une fragrance animale, suave et sensuelle.

Aujourd’hui il est interdit d’exploiter l’animal pour en extraire la civette, mais de nombreux parfums, dont le Chanel n°5 se sont fait connaitre en exploitant la civette naturelle. Lors de la révélation de cette information, un scandale éclatera (1999) comme le rappelle Cosmopolitan.

Aujourd’hui la civette est synthétisée mais toujours autant exploité dans la parfumerie.

 

De la civette au bureau de tabac

La prise – ou la consommation de tabac en poudre

Nous savons maintenant que la civette est une pâte située dans une poche dont est extraite la fragrance utilisée en parfumerie.  Il faut remonter à la grande époque du tabac à priser (à sniffer) pour justifier l’arrivée du mot civette dans les premiers débits de tabac.

Le livre « Histoire des parfums et hygiène de la toilette » nous apprend que pour masquer l’odeur peu agréable de la mélasse de tabac (additifs et eau) était ajoutées différentes fragrances avant d’être séchée et réduite en poudre. Le tabac à priser était ensuite distribué en boîte ou en sachet avec de nombreuses saveurs dont certains noms comme le « mille fleurs » semblent avoir été repris par certaines marques de cigare. C’est également à ces fins mercatiques que naitra le tabac musqué ou le tabac civette.

 

« A la civette »

Contacté par le Cigar Social Club, « A la civette », le célèbre établissement parisien fondé en 1716 nous informe un peu plus sur l’origine du mot civette dans l’industrie du cigare.

Bien que cette civette soit sans doute la plus vieille de France (peut être du monde), son modèle économique initial reste assez vague.  Etait-ce une parfumerie qui exploitait les vertus de l’animal pour développer ses parfums ?

La suite est plus logique, l’établissement conservait (ou vendait) le tabac à priser dans les fameuses poches odorantes de l’animal. Le tabac était ainsi parfumé comme nous l’avons vu précédemment.

Nous pouvons donc présumer que les commerçants de province jaloux de la renommée de ce débit de tabac auraient ensuite renommé leur établissement de la même façon…

Cette dernière théorie, la plus probable, reste assez peu documentée mais permettrait de justifier ainsi l’apparition du mot civette dans notre jargon d’amateur de cigares…  Une chose est certaine, le mot « civette » encadre tellement de notions épicuriennes (café, parfums, flore, tabac …) qu’il serait dommage de s’en passer pour désigner la place de marché où s’échangent cigares et articles de tabac.  

 

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